Je l'avoue sans aucune honte : avant la lecture de ce livre je ne connaissais que très (trop) peu
Black Flag. Après il faut arrêter les conneries deux minutes aussi :
Black Flag n'a réellement été connu en dehors des USA qu'après sa séparation et quand Internet est venu nous sauver, nous, pauvres petits européens, pour nous permettre de rattraper notre retard en s'enfilant des palettes entières de plusieurs décennies de folies punk/hardcore. Oh, si, bien sur, il y avait quand même des gens qui connaissait... mais pas tout le monde. Moi le premier. Et plus que le choc musical que le groupe a sur votre petite personne, c'est également tout ce qui gravite autour qui donne le tournis et nous fait comprendre à quel point
Black Flag est un monument de la musique alternative. Un monument dans tout ses aspects, même les plus discutables. Ecrire sur ce groupe est tentant, même indispensable quand on y réfléchie bien. Il y a même son chanteur le plus connu, Henry Rollins, qui a rassemblé sous un même livre ses notes prises durant plusieurs années de tournées dans le fameux van du groupe. Je n'ai malheureusement pas encore lu son livre et se le procurer est plus compliqué que ce que j'imaginais... tout le contraire de
Spray Paint The Wall : The Story Of Black Flag, qui se paie même le luxe d'avoir une traduction réussie dans la langue de Kev Adams (avouez que ça fait chier de lire ça, Kev Adams... sans déconner...) et qui se trouve être une biographie de très bonne qualité du combo américain.
Mais avant tout : c'est quoi donc
Black Flag ? on pourrait très rapidement résumer en "ce sont les papas du hardcore" et on aurait raison. En allant plus dans le détail, outre le fait qu'avec l'aide de d'autres groupes
Black Flag est réellement imposé ce que sera le "son" punk/hardcore, c'est surtout dans sa démarche et ce qu'il a construit autour que le groupe est le plus reconnu. En bien ou en mal, bien entendu. Tout comme on peut critiquer pas mal d'aspects chez
Black Flag, il faut tout de même admettre qu'on est sur le cul quand on voit l'héritage qui semble sans fin laissé par les gars originaire de Harmosa Beach en Californie. Ou même devrais-je dire le groupe d'un homme, Greg Ginn, à la fois homme à tout faire (guitariste, compositeur, génie en électronique, patron d'entreprise...) et anti-héros parfait de ce qui ressemble parfois à l'histoire d'un road-movie rempli de violence, de rock et d'anecdotes plus folles les unes que les autres.
Black Flag a fait le hardcore puis l'a détruit à sa manière, faisant plus punk que la plupart des groupes punk de son époque dans sa démarche plus que radicale. Et il a aussi énormément contribué à l'explosion de la scène hardcore durant les années 70/80, servant d'exemple pour bon nombre de groupes, encore maintenant.
Le livre nous raconte tout ça de façon chronologique, des débuts en 1978 à la fin cataclysmique en 1986. Des débuts très modestes où une bande de gars vivant dans la banlieue modeste de Los Angeles décident de jouer une musique plus violente et virulente que ce qui se faisait auparavant jusqu'à la fin aussi subite qu'inévitable, après des changements de styles et de line-up incessant, où le seul maître à bord qu'est le dictateur Ginn décide de faire couler son bateau qu'il sait hors de contrôle. Et on apprend beaucoup, beaucoup, beaucoup de choses. Vous pensiez à des gars anti système se voulant dans la réflexion pour changer le monde ? pas forcément. C'était plutôt des gars occupant une église comme squat et lieu de répète, ne voulant jouer que parce qu'ils en avaient envie, qu'importe les réactions du public. Des gars habillés comme tout le monde... pas "typé punk"... ce genre de détail qui fait tout en fait. Mais le plus intéressant est de se rendre compte à quel point chacune de ces personnes possède une personnalité qui lui est propre, extrêmement bien retranscrite dans le livre. On y découvre un Henry Rollins froid, se croyant en croisade perpétuelle face à un public de plus en plus violent à son encontre, tout comme on découvre un Bill Stevenson hors-norme, tout comme Robo... des personnes qui sont presque des personnages que l'on découvre et suit avec grande attention durant tout le livre.
Car c'est là tout l'intérêt de ce livre : se rendre compte à quel point l'histoire de
Black Flag relève de l'aventure humaine. Chaque anecdotes est un plaisir à lire, tout comme il est passionnant de découvrir pourquoi le groupe a autant changé au fil des albums et se rendre à quel point il a dû batailler pour se faire entendre... et faire comprendre qu'il ne jouait que pour lui.
Stevie Chick a accompli un travail énorme, extrêmement documenté, avec une écriture fluide qui ne lasse pas, malgré le côté pavé du bouquin avec près de 600 pages, parfois illustrées de quelques photos en noir et blanc. C'est foutrement passionnant à lire, surtout si vous mettez en fond les albums du groupe. En plus d'en apprendre plus sur le groupe vous pourrez aussi mieux vous immerger dans le contexte social de l'époque et se dire à quel point la répression était plus extrême à certains endroits...
Spray Paint The Wall est un très bon livre, un indispensable pour tout fan et pour toute personne voulant se documenter un minimum sur l'underground. Mangez-en.