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mercredi 4 juillet 2012

Thrice (1998 - 2012)

Je pleure à chaudes larmes. Je ne m'en remets toujours pas et j'ai beau ériger un autel à la gloire de la barbe de tonton Dustin, je ne veux pas me faire d'illusion : Thrice se mets en hiatus pour une durée indéterminée. Malheur. Tristesse. Pas content le Vincent. En plus d'être un groupe dont je surkiffe le petit boule, Thrice est un doux monstre, le type de groupe qui est aussi discret qu'incroyablement influant et faisant voyager son auditeur. Groupe tellement discret qu'injustement méconnu de notre côté de l'atlantique... allez, je vais tenter de leur rendre hommage, en espérant une reformation dans peu de temps genre, maintenant, là.

Tout commence en 1998 aux USA quand quatre gars se rencontrent à l'école et se découvrent une passion commune pour faire de la musique. Un groupe se forme : Thrice. Fait assez rare : le line-up de départ composé de Dustin Kensrue (chant/guitare), Teppei Teranishi (guitare/clavier/chœurs) et les frères Eddie et Riley Breckenridge (respectivement basse/chœurs et batterie) reste inchangé. Jouant tout d'abord un punk/hardcore teinté d'une bonne touche de mélo', leur première démo sort en 1999, First Impressions. Très punk/rock dans le son, Thrice accouche d'une première démo absolument pas représentative de leur futur musical mais qui à le mérite de faire parler d'eux pour sortir comme il faut leur premier véritable album.

Identity Crisis (2000)

Premier album extrêmement encourageant, Thrice distille ici un punk/hardcore rapide teinté de quelques touches emo-core, notamment grâce à un chant hargneux qui sait se faire mélodique quand il faut pour supporter des compositions déjà travaillées. Si la plupart des chansons se veulent purement hardcore, on trouve déjà cette petite touche en plus qui fera de Thrice un groupe à part, ce petit "plus" qui fait toute la différence. Des débuts plus que prometteur, préparent encore plus la claque que va nous infliger le groupe plus tard...

S'il ne fallait retenir qu'une chanson : Phoenix Ignition : morceau culte au possible, avec son intro' chant claire balayé par l'arrivée des guitares et de la voix saturée.



The Illusion Of Safety (2002)

Le choc. Personne ne s'attendait à ça. En distillant encore plus d'emo-core dans leur musique, les américains nous proposent un album plus sombre, plus déstructuré mais gardant cette force d'allier puissance et mélodie. Les guitares s'affolent, la voix du Dustin est plus maîtrisée et la section rythmique s'accélère pour nous balancer des bijoux du style qui vont en marquer plus d'un. Une petite bombe que personne n'avait vu venir et qui a permis au groupe de littéralement exploser (oh oh).

S'il ne fallait retenir qu'une chanson : The Red Death : probablement le morceau le plus hardcore jamais composé par le groupe, hargneux, technique, mélodique... jouissif.



The Artists In The Ambulance (2003)

Thrice possède enfin une aura suffisante pour que son prochain album soit suffisamment attendu au tournant. Nouvel album et nouveau bijou. Grâce à une production léchée (le son est énorme), le son de Thrice n'a jamais été aussi abrasif et violent (on se rapproche du metalcore, c'est dire), mettant sans le vouloir le groupe dans la case des groupes à mèches d'emo-core "MTV" dont la mode explose aux USA, avec des clips diffusés en boucle sur les plus grosses chaînes, ce qui donnera au groupe une exposition aussi éphémère qu'énorme. La mélodie s'installe néanmoins de plus en plus dans les compositions et le groupe en profite pour sortir des tubes efficaces au possible ("Stare At The Sun", "The Artists In The Ambulance", "All That's Left"...) aux côtés de morceaux gardant cette urgence propre au hardcore ("The Abolition Of Man", "Cold Cash And Colder Hearts"...) avec un Dustin au chant enfin affirmé et devenant pour le coup l'un des meilleurs de la scène, avec cette capacité de passer d'un chant violent au possible à un chant clair parfait d'une qualité quasi unique dans le style. L'album de la consécration comme on dit quand on se la pète.

S'il ne fallait retenir qu'une chanson : ce choix peut paraître surprenant mais je pense à The Abolition Of Man : peut-être la chanson représentant le mieux l'album et son contraste violence/mélodie





Vheissu (2005)

Chef d’œuvre. Album de la décennie. Référence instantanée du genre. Culte. On pourrait penser que je m'emballe mais Vheissu est au dessus de tellement de choses. Tout ceux qui ont écouté et apprécié cet album vous le diront : il y a un avant et un après Vheissu. Résultat fabuleux d'un travail de composition qui ne l'est pas moins, Thrice mélange sa musique avec ses multiples influences, autant musicales qu'artistiques ou religieuses, pour un tout magnifiquement cohérent et orgasmique. Oui, il m'est impossible d'être objectif, je suis amoureux de cet album donc je vous prout. D'ailleurs j'en avais fait une chronique aux débuts de mon blog, donc je vous conseille de la lire et d'écouter en boucle cette œuvre qui fait rentrer le groupe dans l'histoire.

S'il ne fallait retenir qu'une chanson : impossible mais For Miles : tellement surréaliste et foutant des frissons à chaque écoute que je ne m'en lasserai jamais.




The Alchemy Index (2007-2008)

Difficile de rebondir après un album que l'on sait indépassable, indétrônable. Pourtant Thrice va encore surprendre tout le monde en s'attaquant à un projet ultra casse gueule : adapter les quatre éléments l'eau, le feu, l'air et la terre en musique en quatre EP, un pour chaque élément, le tout formant The Alchemy Index. On s'attend forcément au pire mais ce sera heureusement une réussite totale. Véritable condensé de toute l'évolution du groupe, ces quatre EP forment un tout hallucinant de cohérence, chacun parvenant à accomplir sa tâche. Le feu est représenté par des morceaux lourds, aux guitares saturées et au chant crié tout en puissance, l'eau par un album électro' ambiant que ne renierai pas Radiohead période Kid A, l'air par des chansons au son plus "aérien", plus mélodiques et la terre par un album acoustique, avec beaucoup d'influences folk. Tout se marie parfaitement et le groupe nous met encore une nouvelle claque en prouvant sa perpétuelle évolution et sa capacité à être unique.

S'il ne fallait retenir qu'une chanson : Come All You Weary : simple et classe, le premier contact avec l'album Earth nous fait encore tomber sous le charme du groupe




Beggars (2009)

Comment rebondir avec avoir composé un album monstre (Vheissu) et plusieurs EP à la qualité incroyable (The Alchemy Index) ? simple : jouer dans la sobriété. Avec Beggars, Thrice coupe les ponts avec ses influences hardcore et se rapproche de plus en plus du rock, celui qui vient des tripes. Ici, pas d'arrangements sophistiqués avec de l'électronique ou plein d'instruments pour accompagner la voix, ni de guitares aux riffs effrénés ou une batterie destructrice. Simplement le groupe et son talent. Fini les cris et les grosses guitares, Thrice joue un rock venant du cœur et ça lui réussi très bien. Tellement que Beggars est un chef d’œuvre absolu de l'histoire du rock tout court et probablement mon album favori.

S'il ne fallait retenir qu'une chanson : Beggars : indiscutablement la meilleure chanson jamais composée par le groupe.




Major/Minor (2011)

Dernier album en date, ce dernier continue sur les traces laissées par Beggars et représente en quelque sorte un condensé de tout ce qu'à fait le groupe, le tout restant beaucoup moins agressif que les débuts. Pour donner une idée, Major/Minor pourrait être la suite spirituelle de l'album Air. Les cris ne sont pas revenus mais les guitares et les effets oui, même si l'on reste dans quelque chose de très neutre et toujours touchant, prenant toujours aux tripes mais cette fois de façon plus douce. Si l'effet de surprise des albums précédent a disparu, la qualité est toujours présente et on se laisse emporté par la magie du groupe.

S'il ne fallait retenir qu'une chanson : Words In The Water : magique, sensible et touchante



Entre tout ça, le groupe a également sorti une compilation de B-Sides If We Could Only See Us Tonight contenant un DVD retraçant la carrière du groupe jusqu'à l'album The Artists In The Ambulance et un live double CD/DVD indispensable se situant jusqu'à The Alchemy Index. A noter qu'une partie du prix des albums du groupe est reversé à des œuvres caritatives pour les enfants en difficulté, ce qui fait toujours plaisir.

 (Thrice passion bûcheron)

Véritable groupe à part, Thrice a marqué de son empreinte la scène alternative en proposant une musique en constante évolution et s'améliorant sans cesse, le tout dans une discrétion et une modestie qui désarçonne toujours. Donc faites vous plaisir et achetez-vous la disco' du groupe, vous ne le regretterez pas et votre vie pourrait en être totalement changée. Oh que oui.

Vous kifferez Thrice si vous êtes fan de : Deftones, Cave-In, The Get Up Kids, Jimmy Eat World, La Dispute, Hot Water Music...

 (hop, une demie-molle, c'est cadeau)

Quelques petites choses en plus :

- on parle souvent de Dustin Kensrue, grâce sa voix hors du commun et ses projets folk en solo d'une grande qualité, mais il ne faut pas oublier le reste du groupe avec un Teppei Teranishi véritable musicien virtuose (et magnifique voix également) et une section rythmique exemplaire et unique de par les deux frères Breckenridge, donnant véritablement corps à la musique du groupe

- il existe une quantité énorme de live ou cession acoustiques des chansons de Thrice, le groupe adorant cet exercice. Ca tombe bien, les chansons passent parfaitement en acoustique et c'est un véritable plaisir que d'entendre ces versions qui parfois détrônent l'original ("Staring At The Sun" à pleurer)

- la légende raconte que le batteur a appris à jouer exprès pour le groupe (oui, ça fait très trivia à la Rock Sound mais bon, je fais ce que je veux)

- la religion est très présente dans le processus d'écriture et dans les paroles, même si le groupe ne se revendique pas comme "religieux"

- très souvent, les paroles sont écrites en utilisant le pronom "We" ("on") plutôt que "I" ("je", on sait jamais, il peut y avoir des LV1 russe qui me lisent), donnant une place prépondérante à "l'homme" plutôt qu'à la "personne"

- Thrice ça démoule sa méga race

jeudi 12 janvier 2012

Le parler ordurier



Rarement un groupe n'a aussi bien porté son nom. Rarement un groupe n'a autant d'impact devant ses contemporains. Rarement la musique n'a autant été au service de la haine et de la destruction pure et simple. Trash Talk. Rien à ajouter, rien à redire. Juste Trash Talk. Et que l'on puisse enfin mourir en paix après avoir succombé aux assauts musicaux sans retenus de ces américains réellement extrême.



Si Trash Talk a débuté dans le fast/core limite grindcore direct et coup de poing, le groupe évolue plus désormais vers un hardcore plus nuancé, plus sombre, glauque et terriblement viscéral. Le frontman s'égosille, le bassiste en tant que seconde voix s'impose et semble porter le poids de la violence sur sa quatre cordes, le guitariste nous assassine avec des riffs meurtriers et la batterie impose la cadence, tantôt sur la brèche, tantôt reposée pour mieux éclater.



Trash Talk, c'est beaucoup d'EP et des albums très courts. C'est terriblement violent et fascinant, c'est déjà culte et on va pas se priver d'écouter déjà ça en boucle (surtout la "compilation" Shame avec pratiquement toute la disco' du groupe avant leur dernier album Eyes & Nines).





vendredi 26 mars 2010

Le désordre c'est moi


Si l'on ne devait garder qu'un seul groupe pour décrire tout ce que le screamo peut délivrer comme violence et explosions d'émotions, ce serait probablement Orchid.
Malgré une courte vie (1997 - 2002), le groupe américain possède une discographie plutôt chargée (avec énormément de splits albums) et aura apporté ce grain de folie qui manquait encore au screamo à l'époque, le rapprochant presque du fast-core et du power-violence. Le son du groupe est immédiatement reconnaissable, avec son chanteur criant comme un hystérique (et d'une puissance rare), amené par des guitares ultra rapide et créant de véritables nappes sonores purement destructrices, le tout supporté par une batterie complétement folle mais ô combien millimétrée. Presque le son de la folie en quelque sorte. Mais une folie extériorisée, salvatrice... la force principale du screamo, tout simplement.

Même si la plupart des chansons sont expéditives (on dépasse rarement la minute), elles surprennent par leur complexité et cette impression que le groupe joue véritablement avec ses tripes, chaque son étant presque "vital". Mieux, les chansons presque entièrement instrumentale et s'étalant sur plusieurs minutes sont sombres, tortueuses, mais ô combien passionnantes. Comme une pause dans les albums entre deux morceaux de carnage.

Difficile de trouver les albums du groupe (tirage très limité et import oblige) mais heureusement la discographie complète du groupe peut se trouver en quelques CD, certains réunissant plusieurs albums du groupe en un seul (le duo Dance Tonight! Revolution Tomorrow! et Chaos Is Me est un indispensable). Et surtout, pour se donner une idée de l'impact du groupe, on peut se retourner vers le dernier live du groupe, visible sur tutube. Un groupe très difficile d'accès, certes, mais qui est selon moi l'un des rares à pleinement transcender le hardcore et l'aspect émotionnelle du screamo. Un indispensable.

samedi 23 mai 2009

Yellowcard (1997 - ?)

Note : depuis cet article le groupe s'est reformé et a sorti un nouvel album assez sympatoche quoiqu'assez quelconque finalement. Un nouvel opus est tout près de sortir au moment où j'écris avec mes doigts tout beau tout propres.

Je déteste l'injustice. Bon, quand c'est envers les roux, encore, c'est compréhensible, mais pour tout le reste, je hais l'injustice. Et Yellowcard est un groupe injustement boudé. Trop vite classé comme groupe de pop/punk comme tant d'autres, beaucoup de gens sont passés à côté d'un groupe ayant sa propre personnalité et un talent certain et justifié par de superbes albums.

Il faut revenir un peu en arrière pour comprendre l'injustice : le groupe sort en 2003 l'album Ocean Avenue (ils ont sorti d'autres EP et albums auparavant, , mais je ne les ai jamais écouté, donc je ne pourrais point vous dire si ce sont des purs chef d'œuvres ou des remix de Cindy Sander). Un album de pop/punk avec comme originalité la présence d'un violon électrique, qui donne une touche unique aux morceaux rapides et entraînants du groupe. On retrouve ainsi de nombreux tubes bien calibrés pour la radio, comme Way Away, Ocean Avenue ou la chanson super-beau-gosse-mais-que-l'on-adore-quand-même Only One. Un très bon album, quoiqu'un peu trop formaté et sans réelles surprises finalement quand la découverte du violon est passée. A cette même époque, la popularité du groupe explose, avec passages télé et tout le reste. Pour avoir la vrai injustice, il faut attendre 2006.

Nous sommes donc en 2006, et le groupe sort l'album Light And Sounds. C'est au même moment que le public du groupe se divise en deux parties : les fans de "l'ancien" et ceux du "nouveau" Yellowcard. Avec cet album, le groupe gagne en maturité, et fait pratiquement disparaître son étiquette pop/punk, pour beaucoup plus s'orienter vers le rock tout court. Il en ressort un album magnifique, avec des compositions de haut niveau, et une alternance chanson calme/énergique bien maîtrisée. D'ailleurs, pour moi, il s'agit tout simplement d'un des meilleurs album que j'ai eu l'occasion d'écouter(ah, la chanson City Of Devils). Ce changement de style, même s'il est totalement réussi, ne plaira pas à une bonne partie des fans du groupe, qui vont décider de le bouder.

En 2007, le groupe sort Paper Walls, dans la continuité de leur précedent album. Pareil, c'est une réussite totale, même si l'on déplore le retrait du violon, le véritable atout du groupe. Peu importe, c'est un album réussi, et qui prouve une fois de plus le talent du groupe pour nous sortir des compositions mélodiques et puissantes à la fois. Mais le public n'est toujours pas au rendez-vous, et l'album ne reçoit pas le succès (que ce soit critique ou commercial) escompté.

Tout ceci amène le groupe à se remettre en question, et en 2008 le groupe est officiellement en hiatus pour une durée indéterminée. Faire deux superbes albums, plein d'énergie et avec de nombreuses qualités, pour au final s'arrêter faute d'une reconnaissance suffisante, c'est clairement de l'injustice... c'est trop vilain et caca le monde de la musique T__T

Tant pis, il reste quand même les albums Light And Sounds et Paper Walls, deux petites perles pour tous les fans de punk mélodique / rock. Si vous cherchiez un bon groupe à découvrir... ah oui, à noter également la reprise de Violins de Lagwagon (présente sur la compil Rock Against Bush Vol 2), tout simplement superbe (vous pouvez l'entendre ici, sur une vidéo qui n'a absolument rien à voir et qui est très moche).

mercredi 6 mai 2009

Bad Astronaut (2000 - 2006)


Bad Astronaut... ou comment un simple side-project d'un chanteur/compositeur de génie devient une référence, avec au passage un album culte qui est tout simplement l'un des plus beaux qu'il m'ait été donné d'écouter.

Joey Cape, c'est le petit gars au chant et à la composition dans Lagwagon, groupe (culte aussi) de punk mélo qui a pas mal révolutionné le genre à son époque (début 1990) avec un son reconnaissable immédiatement et qui se permet d'allier la technique à la mélodie, chose encore peu courante à l'époque. Toute façon, il faudrait un article entier sur Lagwagon pour en expliquer toute son influence. Ah oui, aussi, il s'agit du premier groupe signé sur le label Fat Wreck, label de référence du chanteur de NoFX, le gros Mike.

Joey Cape, c'est un excellent songwriter, doublé d'un chanteur à la voix "authentique". Je m'explique : il chante juste et bien, il sait également s'énerver, mais jamais il ne sur joue dans ses parties chant, ce qui donne cette fameuse impression d'authenticité, et en fait un des chanteurs les plus charismatiques de son style. Mais quelqu'un comme lui qui a énormément d'idées se sent un peu trop enfermé dans Lagwagon, et décide de monter avec son ami d'enfance et ancien batteur de Lagwagon, Derrick Plourde, la projet Bad Astronaut.

Bad Astronaut, au départ, c'est Joey Cape à la guitare/chant et Derrick Plourde à la batterie, groupe qui s'agrandit très vite pour au final compter 7 personnes (un autre guitariste, un bassiste, d'autres qui sont chargés du clavier et de divers sons d'ambiance). Car Bad Astronaut joue dans un registre différent de Lagwagon, que l'on pourrait définir comme de l'émo punk, avec un côté pop assez prononcé. Et comme pour Lagwagon, Joey Cape va exploser les barrières des styles pour un groupe au son vraiment unique, et assez difficile à décrire en fin de compte.

Le premier album du groupe, un EP du nom de Acrophobe, voit le jour en 2001. Il reçoit un bon accueil, malgré le fait que le groupe ne soit qu'au début de ses "expérimentations". En effet, Acrophobe est un bon album, mais la patte de Lagwagon est encore beaucoup trop présente, et la rapprochement pour certaines chansons est clairement évident, si bien que l'on se demande parfois s'il ne s'agit pas de B-sides de Lagwagon. Toutefois, certaines chansons montre déjà un groupe très efficace au niveau des mélos, et qui n'hésite pas à inclure quelques passages "pop aérien" très bien amenés (la superbe Grey Suits). La même année le groupe en profite pour sortir un split avec Armchair Martian (ça ne s'invente pas) où les deux groupes reprennent chacun des chansons de l'autre. Une petite curiosité à écouter par simple plaisir.

Il faudra attendre 2002 avec le premier vrai album du groupe, Houston : We Have A Drinking Problem pour que Bad Astronaut sorte un véritable petit bijou, un chef d'oeuvre unanimement salué par la critique et qui devient une référence instantanée. J'en parlerai plus dans une future chronique, mais si vous ne deviez écouter qu'un seul album du groupe, c'est celui-là. A la fois mélancolique, sombre et bizarrement rempli d'espoir (le monument qu'est These Days résume très bien l'album), la musique de Bad Astronaut nous emporte littéralement, et on ne peut qu'adhérer à leur invitation à leur voyage.


Mais en Mars 2005 c'est le drame avec le suicide du batteur, Derrick Plourde. Joey Cape, qui est déjà un auteur assez sensible, a beaucoup de mal à se remettre de cette disparition. Il va d'abord commencer à faire son deuil avec l'album Resolve de Lagwagon, écrit dans l'urgence et entièrement en hommage à l'ancien batteur du groupe (au passage, l'un des meilleurs album du groupe). Puis il va ensuite prendre son temps pour terminer le 2e album des Bad Astronaut, en gestation depuis plusieurs années. C'est finalement en 2006 que sort l'album Twelve Small Steps, One Giant Disappointment, encore un chef d'oeuvre pour le groupe. La musique est encore plus intime, et si l'on atteint pas le monument qu'est Houston : We Have A Drinking Problem, il s'agit plutôt du plus bel hommage que pouvait rendre Joey Cape à son ami d'enfance. Un superbe album, avec la plus belle chanson du groupe, Minus, qui donne des frissons à chaque écoute.

Après cet album, Joey Cape décide de mettre fin à ce groupe vraiment à part dans la sphère musical, avec ce son si original mélangeant habilement pop, punk et électro, pour des compositions de grande qualité, pour supporter des paroles proche de la poésie. Culte, tout simplement. A noter aussi que c'est un groupe qui ne s'est jamais produit sur scène, ce qui renforce encore plus leur côté expérimental. Toutefois, la musique de Bad Astronaut est très accessible, et si vous recherchez de la pop de qualité et qui ne tombe jamais dans mielleux, foncez, ne serait-ce que pour écouter le génie de Joey Cape. Un de mes groupes préféré, et surtout Houston : We Have A Drinking Problem dans le top 100 des meilleurs albums jamais fait.

mercredi 15 avril 2009

The Suicide Machines (1990 - 2006)


The Suicide Machines est un groupe à part dans le paysage punk/hardcore. Avec des débuts purement ska/punk sans cuivres et ultra speed, le groupe à très souvent fait évoluer son style dans plein de directions différentes, et ce toujours avec un grand talent.

En 1996 les 4 américains sortent leur premier vrai album, Destruction By Definition, et s'imposent immédiatement comme une référence du genre ska/punk. Tout y est : des rythmiques ska effrénées, un chant charismatique et puissant (et surtout un débit de paroles qui frise l'explosion des cordes vocales), des refrains entêtant (la chanson New Girl est présente sur la B.O du premier jeu Tony Hawk Pro Skater) et efficaces. Pour un premier essai, c'est un coup de maître.

En 1998, Battle Hymns sort, et c'est une bombe que nous sort les américains. Ils laissent un peu de côté le ska/punk pour aller directement vers le punk/hardcore ultra speed, avec des paroles beaucoup plus sérieuses et engagées (ils parlent un peu moins de shoes, de filles et de soleil, c'est assez radical). Le ska n'est pas pour autant absent de cet album (l'excellente Give), et se mélange très bien, pour donner au final ce son si unique, marque du fabrique du groupe. Battle Hymns devient également une référence, cette fois dans le milieu punk/hardcore (petit extrait ici).

Mais le groupe crée la surprise en 2000 avec leur troisième album sobrement appelé Suicide Machines, et qui est cette fois un album beaucoup plus tourné sur la pop. Autant dire que le choc est assez violent pour les fans de la première heure, traitant le groupe de commercial et de pleins d'autres qualificatifs aussi recherchés et inutiles. Ce serait pourtant une grande erreur que de ne pas écouter cet album, tant il s'agit d'une réussite totale. Certes, fini les chansons de 1 minutes ou les rythmiques ska à s'en péter les cordes. Mais ceci permet plutôt de mettre en avant un des talents du groupe : la qualité de ses compositions. Et on peut dire que l'on est gâté, tant chaque chanson est une petite pépite (la fameuse Sometimes I Don't Mind et ses paroles biens poilantes). Un album controversé, mais néanmoins excellent.

Le groupe continu dans sa lancé avec Steal This Record en 2001, un peu passé inaperçu, qui essaye de mélanger "l'ancien" Suicide Machines (époque Destruction By Definition) avec le nouveau, pour album au final assez inégal, car beaucoup moins inspiré.

Il faut attendre 2003 avec A Match & Some Gasoline pour retrouver le groupe au meilleur de sa forme, reprenant le mélange ska/punk de Battle Hymns. L'album est une véritable réussite, avec un véritable retour aux sources qui redonne une certaine jeunesse au groupe (l'énormissime Keep It A Crime).

Et en 2005 le groupe enchaîne avec War Profiteering Is Killing Us All, une véritable bombe atomique, pleine de spontanéité et avec textes remplis de rage. Rarement le groupe n'a été aussi radical, et c'est tant mieux, tant cet album transpire la sincérité (hop, encore un extrait).

Malheureusement, début 2006 le groupe décide de se séparer. De façon assez paradoxale, cette séparation n'a pas suscité tant de réactions, pour un groupe qui aura énormément influencé, mais qui aura toujours été sous-éstimé, notamment à cause de leur album pop tellement décrié.

Si j'en parle ici, c'est tout simplement parce que The Suicide Machines est une référence absolue du ska/punk/hardcore, et également parce qu'il s'agit d'un groupe intéressant qui s'est permis de casser les styles, se permettant de faire en fin de compte ce qui lui plaît. Et rien que pour Battle Hymns, ils forcent le respect. Respect qu'ils n'obtiendront malheureusement que plus tard après leur séparation, quand on s'est rendu compte que leurs albums manquent pas mal au paysage musical actuelle.



Si vous aimez The Suicide Machines, vous aimerez : Coquettish, The Flatliners, The One Thought Moment (l'ancien guitariste du groupe est dedans) et le label Asian Man Records

Un album a écouter : toute la discographie, mais Battle Hymns si vous êtes fan de punk/hardcore, et Destruction By Definition pour les fans de ska/punk

No Face (tiré de l'album Destruction By Definition)