Tout commence en 1998 aux USA quand quatre gars se rencontrent à l'école et se découvrent une passion commune pour faire de la musique. Un groupe se forme : Thrice. Fait assez rare : le line-up de départ composé de Dustin Kensrue (chant/guitare), Teppei Teranishi (guitare/clavier/chœurs) et les frères Eddie et Riley Breckenridge (respectivement basse/chœurs et batterie) reste inchangé. Jouant tout d'abord un punk/hardcore teinté d'une bonne touche de mélo', leur première démo sort en 1999, First Impressions. Très punk/rock dans le son, Thrice accouche d'une première démo absolument pas représentative de leur futur musical mais qui à le mérite de faire parler d'eux pour sortir comme il faut leur premier véritable album.
Identity Crisis (2000)
Premier album extrêmement encourageant, Thrice distille ici un punk/hardcore rapide teinté de quelques touches emo-core, notamment grâce à un chant hargneux qui sait se faire mélodique quand il faut pour supporter des compositions déjà travaillées. Si la plupart des chansons se veulent purement hardcore, on trouve déjà cette petite touche en plus qui fera de Thrice un groupe à part, ce petit "plus" qui fait toute la différence. Des débuts plus que prometteur, préparent encore plus la claque que va nous infliger le groupe plus tard...
S'il ne fallait retenir qu'une chanson : Phoenix Ignition : morceau culte au possible, avec son intro' chant claire balayé par l'arrivée des guitares et de la voix saturée.
The Illusion Of Safety (2002)
Le choc. Personne ne s'attendait à ça. En distillant encore plus d'emo-core dans leur musique, les américains nous proposent un album plus sombre, plus déstructuré mais gardant cette force d'allier puissance et mélodie. Les guitares s'affolent, la voix du Dustin est plus maîtrisée et la section rythmique s'accélère pour nous balancer des bijoux du style qui vont en marquer plus d'un. Une petite bombe que personne n'avait vu venir et qui a permis au groupe de littéralement exploser (oh oh).
S'il ne fallait retenir qu'une chanson : The Red Death : probablement le morceau le plus hardcore jamais composé par le groupe, hargneux, technique, mélodique... jouissif.
The Artists In The Ambulance (2003)
Thrice possède enfin une aura suffisante pour que son prochain album soit suffisamment attendu au tournant. Nouvel album et nouveau bijou. Grâce à une production léchée (le son est énorme), le son de Thrice n'a jamais été aussi abrasif et violent (on se rapproche du metalcore, c'est dire), mettant sans le vouloir le groupe dans la case des groupes à mèches d'emo-core "MTV" dont la mode explose aux USA, avec des clips diffusés en boucle sur les plus grosses chaînes, ce qui donnera au groupe une exposition aussi éphémère qu'énorme. La mélodie s'installe néanmoins de plus en plus dans les compositions et le groupe en profite pour sortir des tubes efficaces au possible ("Stare At The Sun", "The Artists In The Ambulance", "All That's Left"...) aux côtés de morceaux gardant cette urgence propre au hardcore ("The Abolition Of Man", "Cold Cash And Colder Hearts"...) avec un Dustin au chant enfin affirmé et devenant pour le coup l'un des meilleurs de la scène, avec cette capacité de passer d'un chant violent au possible à un chant clair parfait d'une qualité quasi unique dans le style. L'album de la consécration comme on dit quand on se la pète.
S'il ne fallait retenir qu'une chanson : ce choix peut paraître surprenant mais je pense à The Abolition Of Man : peut-être la chanson représentant le mieux l'album et son contraste violence/mélodie
Vheissu (2005)
Chef d’œuvre. Album de la décennie. Référence instantanée du genre. Culte. On pourrait penser que je m'emballe mais Vheissu est au dessus de tellement de choses. Tout ceux qui ont écouté et apprécié cet album vous le diront : il y a un avant et un après Vheissu. Résultat fabuleux d'un travail de composition qui ne l'est pas moins, Thrice mélange sa musique avec ses multiples influences, autant musicales qu'artistiques ou religieuses, pour un tout magnifiquement cohérent et orgasmique. Oui, il m'est impossible d'être objectif, je suis amoureux de cet album donc je vous prout. D'ailleurs j'en avais fait une chronique aux débuts de mon blog, donc je vous conseille de la lire et d'écouter en boucle cette œuvre qui fait rentrer le groupe dans l'histoire.
S'il ne fallait retenir qu'une chanson : impossible mais For Miles : tellement surréaliste et foutant des frissons à chaque écoute que je ne m'en lasserai jamais.
The Alchemy Index (2007-2008)
Difficile de rebondir après un album que l'on sait indépassable, indétrônable. Pourtant Thrice va encore surprendre tout le monde en s'attaquant à un projet ultra casse gueule : adapter les quatre éléments l'eau, le feu, l'air et la terre en musique en quatre EP, un pour chaque élément, le tout formant The Alchemy Index. On s'attend forcément au pire mais ce sera heureusement une réussite totale. Véritable condensé de toute l'évolution du groupe, ces quatre EP forment un tout hallucinant de cohérence, chacun parvenant à accomplir sa tâche. Le feu est représenté par des morceaux lourds, aux guitares saturées et au chant crié tout en puissance, l'eau par un album électro' ambiant que ne renierai pas Radiohead période Kid A, l'air par des chansons au son plus "aérien", plus mélodiques et la terre par un album acoustique, avec beaucoup d'influences folk. Tout se marie parfaitement et le groupe nous met encore une nouvelle claque en prouvant sa perpétuelle évolution et sa capacité à être unique.
S'il ne fallait retenir qu'une chanson : Come All You Weary : simple et classe, le premier contact avec l'album Earth nous fait encore tomber sous le charme du groupe
Beggars (2009)
Comment rebondir avec avoir composé un album monstre (Vheissu) et plusieurs EP à la qualité incroyable (The Alchemy Index) ? simple : jouer dans la sobriété. Avec Beggars, Thrice coupe les ponts avec ses influences hardcore et se rapproche de plus en plus du rock, celui qui vient des tripes. Ici, pas d'arrangements sophistiqués avec de l'électronique ou plein d'instruments pour accompagner la voix, ni de guitares aux riffs effrénés ou une batterie destructrice. Simplement le groupe et son talent. Fini les cris et les grosses guitares, Thrice joue un rock venant du cœur et ça lui réussi très bien. Tellement que Beggars est un chef d’œuvre absolu de l'histoire du rock tout court et probablement mon album favori.
S'il ne fallait retenir qu'une chanson : Beggars : indiscutablement la meilleure chanson jamais composée par le groupe.
Major/Minor (2011)
Dernier album en date, ce dernier continue sur les traces laissées par Beggars et représente en quelque sorte un condensé de tout ce qu'à fait le groupe, le tout restant beaucoup moins agressif que les débuts. Pour donner une idée, Major/Minor pourrait être la suite spirituelle de l'album Air. Les cris ne sont pas revenus mais les guitares et les effets oui, même si l'on reste dans quelque chose de très neutre et toujours touchant, prenant toujours aux tripes mais cette fois de façon plus douce. Si l'effet de surprise des albums précédent a disparu, la qualité est toujours présente et on se laisse emporté par la magie du groupe.
S'il ne fallait retenir qu'une chanson : Words In The Water : magique, sensible et touchante
Entre tout ça, le groupe a également sorti une compilation de B-Sides If We Could Only See Us Tonight contenant un DVD retraçant la carrière du groupe jusqu'à l'album The Artists In The Ambulance et un live double CD/DVD indispensable se situant jusqu'à The Alchemy Index. A noter qu'une partie du prix des albums du groupe est reversé à des œuvres caritatives pour les enfants en difficulté, ce qui fait toujours plaisir.
(Thrice passion bûcheron)
Véritable groupe à part, Thrice a marqué de son empreinte la scène alternative en proposant une musique en constante évolution et s'améliorant sans cesse, le tout dans une discrétion et une modestie qui désarçonne toujours. Donc faites vous plaisir et achetez-vous la disco' du groupe, vous ne le regretterez pas et votre vie pourrait en être totalement changée. Oh que oui.
Vous kifferez Thrice si vous êtes fan de : Deftones, Cave-In, The Get Up Kids, Jimmy Eat World, La Dispute, Hot Water Music...
(hop, une demie-molle, c'est cadeau)
Quelques petites choses en plus :
- on parle souvent de Dustin Kensrue, grâce sa voix hors du commun et ses projets folk en solo d'une grande qualité, mais il ne faut pas oublier le reste du groupe avec un Teppei Teranishi véritable musicien virtuose (et magnifique voix également) et une section rythmique exemplaire et unique de par les deux frères Breckenridge, donnant véritablement corps à la musique du groupe
- il existe une quantité énorme de live ou cession acoustiques des chansons de Thrice, le groupe adorant cet exercice. Ca tombe bien, les chansons passent parfaitement en acoustique et c'est un véritable plaisir que d'entendre ces versions qui parfois détrônent l'original ("Staring At The Sun" à pleurer)
- la légende raconte que le batteur a appris à jouer exprès pour le groupe (oui, ça fait très trivia à la Rock Sound mais bon, je fais ce que je veux)
- la religion est très présente dans le processus d'écriture et dans les paroles, même si le groupe ne se revendique pas comme "religieux"
- très souvent, les paroles sont écrites en utilisant le pronom "We" ("on") plutôt que "I" ("je", on sait jamais, il peut y avoir des LV1 russe qui me lisent), donnant une place prépondérante à "l'homme" plutôt qu'à la "personne"
- Thrice ça démoule sa méga race






















