Les jeunes ne peuvent vraiment pas comprendre. En pleine folie de l'adolescence, Activision nous balançait sur nos pauvres
Playstation une série de jeu qui allait devenir très vite culte :
Tony Hawk's Pro Skater. Je ne saurai dire combien d'heures j'ai passé à retourner la démo... et tant bien même des années après, en loupant d'autres épisodes sortis entre temps, j'étais l'ado' le plus heureux et rebelle dans ma tête quand j'avais enfin la cartouche du jeu sur N64 (ne rigolez pas, cette version était très bien). Outre un gameplay aussi arcade qu'efficace, c'est surtout l'esprit skate qui a d'un seul coup exploser en ces débuts d'années 2000, donnant d'un seul coup envie à une génération entière de faire le foufou avec une planche à roulette, pensant que c'est aussi simple que dans le jeu de sortir des Christ-Air 900° avec enchaînement grind de 200m sur un rebord d'un très long half-pipe improvisé. Oui, on était terriblement con et les premières minutes à essayer de ne serait-ce que faire un ollie ont rappelé cette douloureuse réalité. Pas grave, on rentre chez soi le corps rempli de bleu et on retourne encore et encore sur le jeu. Et surtout, oui, surtout, on mettait le son à fond. Car la B.O. des Tony Hawk c'était aussi un excellent moyen de parfaire sa connaissance en musique de d'jneuns en s'extasiant de chacune des chansons et en notant sur un petit papier les noms des groupes entendu pour filer à la FNAC et acheter les rares exemplaires dispo' à un prix totalement prohibitif et honteux.
Tony Hawk's Pro Skater m'a autant éclaté que régalé au niveau des oreilles. Je me vois encore découvrir
Lagwagon,
Goldfinger,
Suicidal Tendencies,
The Suicide Machines,
Unsane... comme un gosse, ouais. Et même si la série des Tony Hawk s'est vautré au fil d'épisodes trop nombreux et pas vraiment inspirés (en mode Activision, quoi), l'idée de proposer des B.O. de qualité est toujours restée, ouf, l'honneur est sauf. Et on obtient clairement l'apogée du concept avec celle de Tony Hawk's American Wasteland, le... ah, oui, 7e épisode de la franchise, déjà en très forte perte de vitesse. Si l'on oublie très vite ce jeu faisant peine à voir, on va faire un grand sourire et dévorer sans réfléchir sa B.O. totalement dingue, remplie de tout plein de bonnes choses. Et dans tout ce bordel, il y a des reprises de Black Flag, Adolescents, Descendents et autres groupes cultes. La bonne idée est que ces quelques reprises ont été regroupées au sein d'un album sorti dans le commerce. Oui, toujours dans le même bac "punk" tout pourri de la FNAC, à côté d'un album de NoFX et d'un Rancid vendu chacun 20 euros. Monde de merde.
Cette B.O. est surtout l'occasion de se faire une bonne piqure de rappel, histoire de faire découvrir à ces cons de jeunes que ce ne sont pas leur groupes de mécheux qui ont tout inventé. D'ailleurs il y a quelques uns de ces groupes "émo" qui participent à cet album, et très franchement... bah c'est cool. Sans déconner, écouter
Senses Fail reprendre "Institutionalized" de
Suicidal Tendencies, ça fait son petit effet. Pas la claque non plus, mais bon, c'est le geste qui compte. Passons plutôt direct aux bonnes surprises que sont
Taking Back Sunday qui balance la grosse purée en reprenant "Suburban Home" des
Descendents, avec un "I Like Food" aussi bref qu'intense en fin de morceau,
The Bled qui imite plutôt bien
Bad Brains avec "House Of Suffering" (même si perso' j'aurai kiffé un autre morceau plus ancien) ou
From Autumn To Ashes sur un "Let's Have" de
FEAR qui fait bien le taf. Les groupes reprennent proprement le morceau de base, sans prendre trop de risque, certes, mais ça fait plaisir.
Et puis à côté des bonnes surprises il y a les confirmations, ceux qui te mettent la mandale et se permettent d'apporter leur petite sauce perso' pour se réapproprier le morceau de base :
Rise Against et son "Fix Me" aussi incendiaire que l'original de
Black Flag (comme d'hab' avec
Rise Against la voix y est pour beaucoup),
Dropkick Murphys avec "Who Is Who" et ce timbre de voix si particulier qui donne tant de cacher à l'ensemble et même
Thursday qui reste toujours aussi génial même en étant plus calme pour reprendre du
Buzzcocks (tout simplement génial). Il y a aussi
Alkaline Trio qui fait du bon taf, comme d'hab' quoi. Et puis au dessus de tout ça il y a tout simplement
Thrice, qui vient mettre l'amende à tout le monde en reprenant
Minor Threat, hop, comme ça, en étant plus hardcore que jamais. "Seeing Red" et "Screaming At A Wall" en une seule chanson, c'est cadeau, tu peux pogoter comme un ado' sous acide.
Même si l'on est plus en face de la petite gâterie offerte aux fans du style qu'autre chose, cette bande originale a au moins le mérite de nous permettre d'entendre des groupes de "maintenant" reprendre des groupes "d'avant", concept ô combien éculé (ce n'est pas sale) mais toujours plaisant. Pas indispensable, nop, mais une sorte de compilation qu'il fait toujours bon d'avoir à portée de main, histoire de se faire un bon petit trip de temps en temps. Même
Fall Out Boy y est présent et propose une reprise plutôt étonnante de
Gorilla Biscuits, c'est dire... alors même si jamais je ne retrouverai le fun d'un bon vieux
Tony Hawk, au moins je peux maintenant écouter en boucle les groupes que le jeu m'a fait découvrir. Et rien que pour ça...
Pour les fans de : musique qui fait saigner les n'oreilles
A écouter : tout, même quand c'est un peu chelou comme avec Emmanuel et My Chemical Romance